La précarité dans le Languedoc-Roussillon, une affaire centrale

Cet article est tiré d’un poster qui a été présenté au Concours de poster de la Conférence ESRI 2014.

Il a reçu le 3ème prix dans la catégorie Esthétique.

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Une approche de la pauvreté dans les centres urbains du Languedoc-Roussillon

Le Languedoc-Roussillon est une des régions de France métropolitaine les plus pauvres de France du point de vue des ressources de ses habitants. Selon les données fiscales fournies par l’Insee, il s’agit de la seconde région de France métropolitaine où le revenu des ménages est le plus faible : 16 900 € par unité de consommation (UC)* et par an. Il se situe juste derrière celui du Nord-Pas-de-Calais qui est de 16 400 € par UC et par an.

Deux départements connaissent un décrochage particulièrement important: l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Avec un revenu par UC médian de 15 950 € par an en 2010, l’Aude est le troisième département le plus pauvre de France métropolitaine, talonnant ainsi d’assez près la Seine-Saint-Denis (15 080 €) et le Pas-de-Calais (15 800 €). Les Pyrénées-Orientales se retrouvent à la septième place avec un revenu annuel par UC médian de 16 400 €.

Une observation plus fine encore permet de localiser cette précarité dans les zones urbaines: les habitants des agglomérations (au sens d’aires urbaines) de Beaucaire, Lézignan-Corbières, Agde, Lodève, Béziers et Alès comptent parmi les plus pauvres du pays.

Une publication du Compas¹ sur les taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France classe les villes de Béziers et Perpignan comme les deux communes urbaines centrales de grandes agglomérations les plus pauvres de France.

Nous mettons là le doigt sur un phénomène local plutôt singulier: plus nous nous rapprochons des centres urbains, plus la densité de ménages pauvres est forte, tant en volume qu’en proportion. L’hyper concentration dans les centres urbains semble constituer une particularité de la répartition de la pauvreté dans une grande partie de la région.

Le présent article ne s’attarde pas sur l’explication de ce fait géographique par divers facteurs historiques et sociologiques. Son objet est plutôt de tenter de mesurer l’ampleur de cette concentration grâce à un outil mis à disposition par l’Insee depuis fin 2013: une grille de données sociales et démographiques composée de carreaux de 200 mètres par 200 mètres.

 Une pauvreté qui touche particulièrement les centres urbains

Au delà du caractère rural des plaines du Languedoc et du Roussillon, que les activités viticole et maraîchères ont structurées en petits bourgs bien concentrés, c’est bien dans les agglomérations « moyennes » que se situe l’essentiel de la pauvreté. Mais, contrairement à la majorité des villes françaises, cette précarité se concentre dans le centre de ces agglomérations.

carte_nuit-4C-011Vous trouverez en annexe un zoom sur une vingtaine de centres-villes

L’Insee fournit depuis novembre 2013 des données socio-démographiques issues des déclarations fiscales des ménages de 2010 à l’échelle d’un carroyage composé de carreaux de 200 mètres par 200 mètres. Cette maille d’information constitue un outil d’une richesse considérable pour observer la concentration et des bas revenus et ainsi mesurer les disparités sociales des territoires.

En agrégeant les carreaux correspondant aux zones les plus denses et anciennes des villes (que nous appellerons tout simplement «centres-villes »), nous obtenons des informations très précises sur les ressources de la population résidente. Cette méthode nous renseigne ainsi à une échelle plus fine que la commune et, dans certain cas, le quartier Iris*.

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En cumulant l’ensemble des carreaux correspondant, on observe que près d’un ménage sur deux (48,1%) résidant dans le centre-ville d’une agglomération languedociennes-roussillonnaises de plus de 10 000 habitants est considéré pauvre*.

Deux grands types de profils sociaux se distinguent

Outre des données sur leurs revenus, le carroyage nous donne des informations précieuses sur le profil social des ménages et des personnes qui les composent. La carte ci-dessous nous permet de comparer les proportions de ménages à bas revenus (taux de pauvreté), de jeunes (moins de 18 ans), de personnes âgées (65 ans et plus), de familles nombreuses (ménages composé d’au moins 5 personnes) et de ménages isolés (personnes vivant seules).

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Des centres-villes pauvres, souvent dégradés

On trouve tout d’abord des centres-villes particulièrement paupérisés, avec une population jeune (23 à 26 % de moins de personnes âgées de moins de 18 ans et des familles nombreuses (entre 5 et 11 % des ménages). On y retrouve Béziers, Agde et quatre villes proches du Rhône (Lunel, Saint-Gilles, Beaucaire, Pont-Saint-Esprit). Les bourgs ruraux de Lézignan-Corbières et Lodève présentent des profils très marqués, avec une sous-représentation de la population dite « active » (ni jeune, ni âgée). Seule une personne sur deux (46%) a un âge compris entre 18 et 65 ans à Lézignan-Corbières, tout cela en vertu d’une forte population de jeunes de moins de 18 ans, mais aussi de personnes âgées de plus de 65 ans. Le centre-ville de Perpignan, présente une situation similaire en terme de précarité, mais la population y est légèrement moins jeune.

Des centres-villes valorisés et favorisés ayant connu un déplacement de leurs populations les plus fragiles

Dans ces centres, les taux de pauvreté y sont moins élevés (30 à 42 % de ménages à bas revenus). On retrouve une population d’actifs et de personnes vivant seules plus importante (exemple : étudiants…) à Montpellier, Nîmes et Mende, alors qu’Alès, Uzès, Sète et Bagnols-sur-Cèze se caractérisent par une population plus âgée (près d’une personne sur trois a plus de 65 ans dans le centre d’Alès). Ces centres ont d’avantage fait l’objet de politiques de réhabilitation qui ont contribué à valoriser le bâti ancien, mais également à éjecter en périphéries les populations les plus fragiles (Uzès a bénéficié d’un des premiers secteurs sauvegardés dans le cadre de la loi Malraux de 1962). Ainsi, Pissevin (Nîmes) et La Paillade (Montpellier) comptent parmi les quartiers d’habitat sociaux de France où le revenu des habitants est le plus bas. De même, de faibles taux de pauvreté dans les centres peuvent cacher des concentrations importantes dans des franges faubouriennes, le plus souvent dans des grands ensembles dont la taille peut paraître disproportionnée au regard de celle de la ville (Alès, Bagnols-sur-Cèze, Sète).

Le taux de pauvreté : critère désormais unique de la Politique de la Ville

C’est ce même carroyage qui a été utilisé par l’État pour définir les nouveaux quartiers prioritaires amenés à supplanter les Contrats Urbains de Cohésion Sociale (CUCS) : sont désormais éligibles aux Contrats de Ville tout carreau ou ensemble de carreaux composé d’un minimum de 1 000 habitants mais également où plus de la moitié des ménages ont des ressources inférieures au seuil de bas revenus*.

Cette nouvelle méthode statistique simplifiée (les CUCS étaient auparavant définis par le croisement de quatre indicateurs : niveau de revenus, niveau de diplôme, jeunesse de la population et taux de chômage) est censé dresser une géographie de la pauvreté plus juste. Un des objectifs affichés de la remise à plat des critères de la Politique de la ville est également de réduire de moitié le nombre de quartiers inclus dans la nouvelle géographie prioritaire.

Localement, le bilan est tout autre. Par cette méthode, la quasi-totalité des centres urbains du Languedoc-Roussillon se retrouvent avec un ou plusieurs zonages. Cinq petites villes (Lézignan-Corbières, Limoux, Bédarieux, Uzès et Pont-Saint-Esprit, auxquelles on peut rajouter la commune d’Elme dans les Pyrénées-Orientales) font leur entrée dans la Politique de la ville et seule Mende en sort – ces entrées se faisant toutes en vertu d’un classement de leur centre-ville. Mieux encore: la ville de Perpignan voit son nombre de zonages doubler, passant de 8 à 15.

FABIEN LAMBERTIN

cartotem31@gmail.com

@FabienL3

Glossaire de la mesure de la pauvreté

 

¹COMPAS ETUDES: « Les taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France », n°11 – janvier 2014

Source: carroyage Insee, novembre 2013, à partir de:
Revenus Fiscaux Localisés (RFL) au 31 décembre 2010
Taxe d’habitation (TH) au 1er janvier 2011

Annexes

Zoom sur les principaux centres-villes du Languedoc-Roussillon

 

 

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